Les modèles par héritage possèdent de nombreux avantages. Parmis ceux-ci, l'économie en volume de données stocké, la standardisation des types et formats de données. Cet article fait le point sur la modélisation des entités par héritage afin de vous permettre de l'implémenter au sein de vos applications, et cela, en toute sérénité.
Pour comprendre l'intérêt de la modélisation par héritage, commençons par une application très banale qui devra contenir des prospects, des clients et des employés... Une gestion commerciale par exemple... Voici un exemple de modèle de données
Nous constatons que certaines entités possèdent des attributs identiques : NOM, PRENOM se retrouvent dans EMPLOYE, CLIENT et PROSPECT. De même NUMxxx et DATE se retrouve dans COMMANDE et FACTURE. Enfin, les associations portent sur contiennent elles aussi les mêmes attributs. Ce modèle possède un inconvénient majeur :
si un prospect devient un client les informations doivent être recopiées
un employé peut aussi être un client de sa propre entreprise ce qui oblige aussi à recopier les informations
un client ne peut avoir qu'une seule adresse alors qu'il arrive qu'un même client ait besoin d'être livré à une adresse données et facturé à une autre
La première idée consiste à rassembler tous les individus dans une seule et même table. Il faut ensuite les décliner en client, prospect et employé. C'est la technique de l'héritage...
2. Modélisation d'un héritage de personnes
Nous voyons désormais que les entités PROSPECT, EMPLOYE et CLIENT n'ont plus de clef. C'est normal ces entités vont hériter des données de la table PERSONNE contenant une clef.
A ce stade il existe deux possibilités :
chacune des tables filles (PROSPECT, EMPLOYE, CLIENT) hérite de tous les attributs de PERSONNE lors du passage au modèle physique
les tables filles n'héritent que de la clef de la table PERSONNE et il faut faire une jointure entre table fille et mèere pour retrouver toutes les données
3. Un héritage induit
Précisons encore notre modèle en faisant un héritage avec les tables COMMANDE et FACTURE :
Contrat est une table qui rassemble aussi bien les commandes que les factures. Ce qui permet de distinguer une commande d'une facture sera le contenu de la colonne NATURE. C'est aussi une modélisation d'héritage d'une autre forme...
Enfin pour résoudre la problématique des addresses multiples, rien ne nous empêche d'externaliser les adresses dans une tables à part :
La nature des adresses est soit explicite (attribut UTILITE de l'assocation possède) soit implicite du fait de la relation avec la table des contrats (adresse de facturation ou de commande). Regardez comme ce modèle est devenu simple ! Nous sommes passés de 46 attributs à 33 tout en augmentant le nombre de rubriques pour les différentes entités (par exemple par rapport au premier modèle une prospect n'avait pas de titre !)...
4. Transposition en modèle physique
En générant le modèle physique d'après le modèle ci dessus, nous obtenons le diagramme suivant :
On note que les entités PROSPECT, EMPLOYE et CLIENT héritent de la colonne clef de la table mère PERSONNE.
5. Héritage avec exclusion mutuelle
Une autre possibilité dans l'utilisation des héritages est de faire en sorte qu'il n'existe qu'un seul héritier dans les diverses tables filles. Cela s'avère parfois indispensable. Comme un bon exemple est souvent plus explicite qu'un long discours, modélisons les différents types de location de véhicule d'une gance comme Hertz, Budget ou EuropCar... Ce qui nous intéresse c'est une entité générique des véhicules et des entités filles par type de véhicule (moto, voiture ou camion)...
Voici un premier exemple d'une telle modélisation :
Veuillez noter dans ce modèle la présence de la croix dans le symbole de l'héritage. Il indique une exclusion mutuelle entre les entités filles...
Mais comment résoudre cette exclusion mutuelle ? La simple technique des intégrités référentielles est insuffisante à gérer ce cas de figure. Il faut recourrir à un ensemble de triggers...
Voyons d'abord comment le modèle physique est construit à partir du modèle conceptuel :
Dans le principe il faut que, pour chaque insertion dans l'une des tables filles s'assurer que le véhicule n'est pas déjà utilisé par les autres tables...
Voici les triggers d'insertion/modification pour les trois tables filles, dans le langage Transact SQL de SQL Server :
/* Trigger sur T_CAMION_CMN pour contrôler l'insertion */
CREATETRIGGER TRG_INS_T_CAMION
ON T_CAMION_CMN
FORINSERT, UPDATEASBEGINDECLARE
@errno INTEGER,
@errmsg VARCHAR(255)
/* La clef de "T_VEHICULE_VHC" doit exister pour la création de "T_CAMION_CMN" */
IFNOTEXISTS(SELECT *
FROM T_VEHICULE_VHC T
INNERJOIN INSERTED I
ON T.VHC_ID = I.VHC_ID)
BEGINSET @errno = 30002
SET @errmsg = 'Clef de "T_VEHICULE_VHC" inconnu. Insertion dans "T_CAMION_CMN" impossible.'
GOTO LBL_ERROR
END
/* l'identifiant de camion ne doit pas être utilisé par les autres tables filles */
IFEXISTS (SELECT *
FROM (SELECT VHC_ID
FROM T_MOTO_MTO
UNION ALL
SELECT VHC_ID
FROM T_VOITURE_VTR) T
WHERE VHC_ID IN (SELECT VHC_ID
FROM INSERTED))
BEGINSET @errno = 30002
SET @errmsg = 'Clef de "T_VEHICULE_VHC" déjà utilisée par ailleur. Insertion dans "T_CAMION_CMN" impossible.'
GOTO LBL_ERROR
END
RETURN
/* Gestion d'erreurs */
LBL_ERROR:
RAISERROR @errno @errmsg
ROLLBACK TRANSACTION
ENDGO
/* Trigger sur T_MOTO_MTO pour contrôler l'insertion */
CREATETRIGGER TRG_INS_T_MOTO
ON T_MOTO_MTO
FORINSERT, UPDATEASBEGINDECLARE
@errno INTEGER,
@errmsg VARCHAR(255)
/* La clef de "T_VEHICULE_VHC" doit exister pour la création de "T_MOTO_MTO" */
IFNOTEXISTS(SELECT *
FROM T_VEHICULE_VHC T
INNERJOIN INSERTED I
ON T.VHC_ID = I.VHC_ID)
BEGINSET @errno = 30002
SET @errmsg = 'Clef de "T_VEHICULE_VHC" inconnu. Insertion dans "T_MOTO_MTO" impossible.'
GOTO LBL_ERROR
END
/* l'identifiant de moto ne doit pas être utilisé par les autres tables filles */
IFEXISTS (SELECT *
FROM (SELECT VHC_ID
FROM T_CAMION_CMN
UNION ALL
SELECT VHC_ID
FROM T_VOITURE_VTR) T
WHERE VHC_ID IN (SELECT VHC_ID
FROM INSERTED))
BEGINSET @errno = 30002
SET @errmsg = 'Clef de "T_VEHICULE_VHC" déjà utilisée par ailleur. Insertion dans "T_MOTO_MTO" impossible.'
GOTO LBL_ERROR
END
RETURN
/* Gestion d'erreurs */
LBL_ERROR:
RAISERROR @errno @errmsg
ROLLBACK TRANSACTION
ENDGO
/* Trigger sur T_VOITURE_VTR pour contrôler l'insertion */
CREATETRIGGER TRG_INS_T_VOITURE
ON T_VOITURE_VTR
FORINSERT, UPDATEASBEGINDECLARE
@errno INTEGER,
@errmsg VARCHAR(255)
/* La clef de "T_VEHICULE_VHC" doit exister pour la création de "T_VOITURE_VTR" */
IFNOTEXISTS(SELECT *
FROM T_VEHICULE_VHC T
INNERJOIN INSERTED I
ON T.VHC_ID = I.VHC_ID)
BEGINSET @errno = 30002
SET @errmsg = 'Clef de "T_VEHICULE_VHC" inconnu. Insertion dans "T_VOITURE_VTR" impossible.'
GOTO LBL_ERROR
END
/* l'identifiant de moto ne doit pas être utilisé par les autres tables filles */
IFEXISTS (SELECT *
FROM (SELECT VHC_ID
FROM T_CAMION_CMN
UNION ALL
SELECT VHC_ID
FROM T_MOTO_MTO) T
WHERE VHC_ID IN (SELECT VHC_ID
FROM INSERTED))
BEGINSET @errno = 30002
SET @errmsg = 'Clef de "T_VEHICULE_VHC" déjà utilisée par ailleur. Insertion dans "T_VOITURE_VTR" impossible.'
GOTO LBL_ERROR
END
RETURN
/* Gestion d'erreurs */
LBL_ERROR:
RAISERROR @errno @errmsg
ROLLBACK TRANSACTION
ENDGO
Notez que SQL Server utilise la pseudo table INSERTED pour les insertions en cours. Certains SGBDR utilise la table NEW (norme SQL).
Il faut aussi créer un trigger dans la table mère afin d'empêcher la suppression si le véhicule est référencé dans l'une des tables filles.
/* Trigger TRG_DEL_VEHICULE pour contrôler la suppression dans la table"T_VEHICULE_VHC" */
CREATETRIGGER TRG_DEL_VEHICULE
ON T_VEHICULE_VHC
FORDELETEASBEGINDECLARE
@errno INTEGER,
@errmsg VARCHAR(255)
/* Suppression interdit s'il existe un fils dans une des tables filles */
IFEXISTS (SELECT *
FROM (SELECT VHC_ID
FROM T_CAMION_CMN
UNION ALL
SELECT VHC_ID
FROM T_MOTO_MTO
UNION ALL
SELECT VHC_ID
FROM T_VOITURE_VTR) T
WHERE VHC_ID IN (SELECT VHC_ID
FROM INSERTED))
BEGINSET @errno = 30006
SET @errmsg = 'Ce véhicule est encore référencé dans une des tables filles. Suppression impossible.'
GOTO LBL_ERROR
END
RETURN
/* Gestion d'erreurs */
LBL_ERROR:
RAISERROR @errno @errmsg
ROLLBACK TRANSACTION
ENDGO
Pour vérifier ce fonctionnement, vous pouvez utiliser le jeu de données suivant :
Plus rarement implémenté, voici l'héritage conditionnel. Il s'agit de rajouter dans la table mère une colonne particulière permettant de spécifier quelle est la table fille héritière. Cela peut se faire de deux manières :
par construction d'une vue
dans la structure même de la table mère
6.1. Avec vue
Reprenons notre exemple précédent... Ajoutons la vue suivante :
CREATEVIEW V_VEHICULE_VHC
ASSELECT VHC_ID, VTR_NOMBRE_PLACE, NULLAS MTO_CYLINDREE, NULLAS CMN_TONNAGE, 1 AS TYPE_VEHICULE
FROM T_VOITURE_VTR
UNION ALL
SELECT VHC_ID, NULL VTR_NOMBRE_PLACE, MTO_CYLINDREE, NULLAS CMN_TONNAGE, 2 AS TYPE_VEHICULE
FROM T_MOTO_MTO
UNION ALL
SELECT VHC_ID, NULL VTR_NOMBRE_PLACE, NULLAS MTO_CYLINDREE, CMN_TONNAGE, 3 AS TYPE_VEHICULE
FROM T_CAMION_CMN
Les avantages sont considérables... On peut simplifier les jointures du fait qu'il ne suffit plus que d'utiliser la jointure de véhicule sur la vue pour obtenir toutes les informations sur tous les véhicules quelque soit leurs types :
SELECT *
FROM T_VEHICULE_VHC T1
INNERJOIN V_VEHICULE_VHC T2
ON T1.VHC_ID = T2.VHC_ID
Bien entendu si l'on a opté pour l'ajout d'une colonne spécifique dans la table mère il faudra la renseigner lors de l'exécution du trigger d'insertion/modification.